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Jérôme Schanker, GEM ESC 2011 : un projet atypique à Dakhla

Publié le
22 Juin 2018

Découvrez le parcours atypique de Jérôme Schanker - GEM ESC 2011 qui ouvre un ensemble hôtelier au Maroc après 8 ans dans la finance, propos recueillis par Sébastien Aussal, GEM ESC 2007.

Depuis ses études à GEM et un brillant parcours de broker à Londres, Jérôme a tout plaqué pour nourrir sa passion pour le kitesurf. Il en a créé un projet atypique à Dakhla, au sud du Maroc : La Tour d’Eole, un ensemble hôtelier qui réunit éco-lodge et école de voile.

Sébastien : Bonjour Jérôme, que retiens-tu de ton passage à GEM ? 

Jérôme : Avant d’arriver à GEM, je sortais de prépa et je n’avais aucune connaissance du fonctionnement d’une entreprise et l’école m’en a justement donné une idée claire et précise. Je me souviens du tout premier cours à Grenoble, un jeu en groupe sur la création d’une entreprise, qui m’avait vraiment donné envie d’approfondir le sujet ! J’espère que l’école dispense encore ce cours ! Ce que je retiens de GEM, c’est surtout l’ouverture d’esprit des cours proposés, comme celui autour de l’art de la table.

Dans quels projets étais-tu investi à GEM ?   

Jérôme : J’étais responsable sponsors chez ICO en première année, mais je n’ai pas pu continuer cette expérience en 2ème année, car j’ai choisi de partir à l’étranger grâce aux nombreux partenariats de GEM. J’ai notamment suivi le cursus de la Singapour Management University.

Tu as commencé ta carrière dans des grands établissements bancaires français (Société Générale puis BNP Paribas). Comment s’est opérée la transition après GEM et raconte nous ta carrière de broker chez les groupes GFI et BGC.

Jérôme : Je savais que je voulais travailler dans la finance de marché, ce milieu m’a toujours fasciné. Pendant plusieurs années, j’étais broker et je vendais des produits dérivés sur des indices européens et également US. Le broker met en relation les traders, les conseille, facilite les transactions et permet d’apporter de la liquidité sur les marchés. Quand j’ai commencé chez GFI, c’était la folie car nous étions la plus grosse équipe de brokers sur l’Euro Stoxx 50. J’arrivais à 7h30 et je ne voyais pas les heures défiler jusqu’à la fermeture du marché. Pas question d’aller en pause déjeuner avec l’adrénaline, les deals qui s’enchaînent… Et ça continuait le soir, car pour être un bon broker, il faut être en contact constant avec ses clients et aller aussi dîner avec eux. Ta vie pro devient ta vie perso. Tu vois le Loup de Walt Street ? Presque la même chose, en tout cas au niveau des horaires !

Après 8 ans d’un parcours de broker hyper cohérent, tu changes complétement ton fusil d’épaule et décide de monter ton propre projet ! Que s’est-il passé ?!

Jérôme : J’ai toujours voulu monter un hôtel spécialisé dans le sport et le bien-être, je l’ai en tête depuis très longtemps. Quand j’ai commencé ma carrière de broker, j’ai vite su que je ne voulais pas faire ça toute ma vie, parce que je connaissais l’intensité du métier : il vaut mieux être jeune pour pouvoir le faire ! A GEM, j’ai d’ailleurs pris un cours centré sur les services et l’hôtellerie, en plus de ceux sur la finance. De plus, j’ai effectué cette transition à un moment où les comportements des marchés ont commencé à devenir plus compliqués, mes clients ne pouvaient plus prendre autant de risques et les liquidités devenaient aussi plus rares.

Comment s’organise justement cette transition ? Quelles sont les premières pierres que tu assembles pour monter ton nouveau projet de La Tour d’Eole ?

Jérôme : Cela ne se fait pas du jour au lendemain. La première étape est de voyager : je partais souvent à l’étranger pour faire du kitesurf et à chaque fois, je me posais la question de savoir si c’était un bon endroit pour y monter un hôtel. Quand je suis allé à Dakhla pour la première fois, il y a 5 ans, j’avais fait des recherches avant de partir et avant même d’y poser un pied, je m’étais tout de suite dit que le site pouvait être le bon ! J’avais vu que les paysages étaient à couper le souffle et peu d’infrastructures y étaient implantées. Il y avait des terrains vierges en front de mer qui correspondaient totalement à ce que je voulais faire. J’y suis reparti 3 mois après ces premières vacances, pour visiter les terrains en 4x4 et évaluer les différentes possibilités. Le premier terrain que j’ai visité est d’ailleurs celui sur lequel est maintenant implantée La Tour d’Eole ! Mais imagine-toi à l’époque : on est en plein désert, au milieu de nulle part et surtout je n’avais aucune idée de comment faire !

L’aventure effectivement ! Quelles ont alors été les étapes indispensables pour mener à bien l’acquisition du terrain et les premières études ?

Jérôme : Je suis allé frapper à la porte du gouverneur de la wilaya, qui est l’équivalent de notre président de région ! Je lui ai exposé mon projet, je lui ai demandé quelles étaient la procédure à suivre. Cela a été très compliqué, même avec le soutien du gouverneur ! Les premières démarches administratives datent de mars 2014 et nous avons obtenu le permis de construire fin 2016.

Comment as-tu pu obtenir le soutien du gouverneur ?

Jérôme : Il y a eu beaucoup de spéculations immobilières à Dakhla, avec des investisseurs qui achètent des terrains mais qui ne font rien dessus. Le gouverneur a vu que mon projet était sérieux et concret, avec une grande dimension écologique, qui s’appuyait sur des études sérieuses. Nous avons bien pris le temps d’étudier l’impact du projet sur l’environnement.

Quels sont les services que tu proposes à La Tour d’Eole ? Peux-tu nous présenter ton projet plus en détails ?

Jérôme : J’ai réuni en un même lieu tous les ingrédients qui, selon moi, rendent heureux en vacances. Via ma propre expérience et celle de mon entourage, je me suis rendu compte que la bonne combinaison est d’être en pleine nature dans un endroit sauvage, faire un sport ludique toute la journée et profiter en plus d’un esprit festif ! Quand je suis arrivé à Dakhla, je séjournais chez un hôtel concurrent et j’ai constaté qu’on pouvait faire beaucoup mieux au niveau de la qualité des chambres et de la restauration. Je me suis vite rendu compte qu’une clientèle dynamique et internationale pourrait être intéressée par un niveau de prestations supérieur.

Le site de La Tour d’Eole est très préservé, et ton établissement se veut également très écologique. Comment concilier les deux ?

Jérôme : Notre point fort est d’avoir été les premiers à monter notre établissement dans un endroit désert de la lagune de Dakhla, contrairement aux autres hôtels. C’est ce que j’ai d’ailleurs adoré dans ce projet : construire en pleine nature tout en préservant au maximum l’écosystème. Nous avons construit notre éco-lodge en bois de Douglas issu de filières écologiques, à l’opposé des constructions en béton. De plus, l’isolation des bâtiments a été pensée pour ne plus avoir besoin ni de clim’, ni de chauffage, tout en gardant un confort maximum dans les chambres. Je suis aussi devenu expert dans les systèmes de traitement des eaux usées ! Sur ce site, nous les traitons de manière écologique pour pouvoir les réutiliser en arrosant les espaces verts. Enfin, nous disposons d’électricité et nous chauffons l’eau du site grâce à l’énergie solaire : le soleil, c’est une denrée très peu rare ici ! La prochaine étape sera de développer l’énergie éolienne sur le site afin d’être 100% autonome en énergie. Et puis on s’appelle La Tour d’Eole après tout !

Le site permet aussi de profiter de la glisse ! Parle-nous de ton école de voile.

Jérôme : Notre activité principale est le kitesurf au sein de l’Ocean Academy, située à 50 mètres de l’eau. Je pense vraiment que la lagune de Dakhla propose l’un des meilleurs spots au monde pour faire du kite. Notre spot en propose d’ailleurs deux-en-un : il réunit à la fois un très grand plan d’eau pour faire du free-ride et un espace protégé où la surface de l’eau est totalement plate et on y a pied partout, idéal pour les débutants. L’Ocean Academy propose aussi du stand-up paddle et du surf. Pour le spot de surf, il suffit de rejoindre l’océan qui se trouve à seulement 30 minutes en voiture. La directrice de notre école est la triple championne du monde actuelle de kitesurf, la Brésilienne Bruna Kajiya. Bruna est toujours présente sur le circuit pro mais vient passer au minimum une semaine tous les deux mois avec nous. C’est notre ambassadrice mais pas seulement : en tant que General Manager, Bruna est également très impliquée dans le fonctionnement de l’Academy. Elle fait passer toutes les interviews des moniteurs, valide les programmes et vérifie elle-même la qualité des enseignements.

Pour finir, un conseil pour tous les investisseurs qui veulent se lancer et monter leur propre projet ?

Jérôme : Dans ce projet, je pense que je suis pleinement moi-même : honnêtement, je ne l’ai jamais été autant ! C’est ça qui est magique dans l’entreprenariat : dans toutes les actions qu’on met en place, il y a une part de soi et on façonne un projet qui nous ressemble. N’hésitez pas à changer de vie et tenter l’aventure si au bout de quelques années au sein de la même activité, vous sentez que vous êtes trop dans une zone de confort. Mais lancez-vous dans l’entreprenariat seulement si vous êtes passionnés par votre projet ! Je crois que mon entourage et mon équipe ressentent la passion que je mets au quotidien dans ce projet unique, c’est aussi grâce à cela que j’ai pu fédérer une équipe autour. La persévérance et un moral toujours positif seront aussi vos précieux alliés pour vous permettre de concrétiser votre vision.

Que te souhaiter d’ici la fin d’année 2018 ?

Jérôme : La Tour d’Eole et l’Ocean Academy ouvrent le 22 juin. Je travaille 7 jours sur 7, le rythme est vraiment intense en ce moment mais je ne me plains pas ! Je suis concentré sur les finitions du site avant d’accueillir nos premiers clients et je dois aussi être très présent pour la commercialisation de nos offres. Je souhaite commencer l’activité à 40% de remplissage, c’est l’objectif initial avant de pouvoir être plus ambitieux. J’espère aussi que La Tour d’Eole nous permettra de ne pas se limiter à Dakhla et que nous pourrons ouvrir d’autres sites, notamment au Brésil et en France.

Nous souhaitons à Jérôme et son équipe un maximum de réussite pour l’ouverture de La Tour d’Eole !

Pour en savoir plus sur ce projet atypique, RDV sur le site officiel de la tour d'Eole

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